Utilisant la lumière comme matériau exclusif, j’en explore les possibles phénoménaux en mettant l’accent sur ce qui relève des limites et des incertitudes de la perception, sur ses flottements et ses impermanences qui inquiètent esthétiquement le regard. C’est dans la phase d’apparition/disparition, dans le mouvement d’évanescence du phénomène que me semble résider quelque chose de fondamental dans l’expérience esthétique telle que la lumière peut nous la révéler. C’est d’ailleurs pour cette raison que la temporalité, l’expérience du changement et de la durée représentent un aspect essentiel de mon travail.

Un axe majeur de ma recherche plastique est le travail sur les “partitions de lumière”.
Les "partitions de lumière” prolongent le mouvement d’autonomisation de la lumière et visent à explorer certaines qualités phénoménales de la lumière sans medium secondaire—sinon peut-être notre propre perception. Il n’y a pas de signification, de message ou de référence dans ces installations, hormis tout ce qu’elles peuvent évoquer en termes de forme, de phénomène, de couleur et d’évanescence. Une “partition de lumière” est une œuvre visuelle ouverte à l’expérience et à la sensibilité du moment. Les partitions consistent également à explorer les possibilités d’un instrument visuel. La chambre de lumière modulable que j’ai construite (et sur laquelle je travaille actuellement) est un outil pour l’expérimentation permettant de concevoir des installations pérennes.

M’appuyant sur les seules conditions d’apparition et de disparition du phénomène, l’objectif est de créer une partition de lumière pure. C’est une séquence narrative non-référentielle qui construit son contenu par sa structure, à la manière de la “musique pure”, c’est-à-dire cette musique instrumentale, non-vocale et dépourvue de référence qui se développe à l’âge classique. De ce point de vue, ces chambres de lumière sont assimilables à un instrument de musique.

L’élaboration des « partitions de lumière Â» est un aspect fondamental de ma recherche. La rythmique, la temporisation, les nuances colorĂ©es, la densitĂ©, l’intensitĂ© plus ou moins importante de la lumière sont des facteurs dĂ©terminants. C’est sur ces phĂ©nomènes que je fais mes recherches. J’essaie de cerner les aspects esthĂ©tiques de la lumière, de la manipuler comme un matĂ©riau qu’il s’agit pour moi de mettre en valeur et de rĂ©vĂ©ler sous ses divers aspects en suscitant des perceptions inhabituelles de phĂ©nomènes. Il s’agit pour moi de crĂ©er un art qui soit essentiellement phĂ©nomène, expĂ©rience vĂ©cue et ressentie plutĂ´t qu’objet.

Ayant de nombreux points communs avec la musique, ma recherche plastique est vouĂ©e Ă  s’en inspirer. Les structures et les motifs qui organisent les formes musicales telles que les « sonates Â», les « Ă©tudes Â», les “variations”, … sont des objets de rĂ©flexion que j’envisage d’approfondir. Un second niveau de recherche est la notation. Comme le font les chorĂ©graphes et les musiciens de musique concrète, il s’agit d’élaborer un système de signes, un vocabulaire qui puissent rendre compte des mouvements, des assemblages, des rythmes, des motifs, des Ă©volutions temporelles, des contrastes, des gradations. Un nouveau système de notation aiderait Ă  l’écriture, Ă  la comparaison, Ă  la transmission, et permettrait Ă©ventuellement une transcription plus simple en vue d’élaborer un outil informatique spĂ©cifique. D’oĂą le projet de crĂ©er mon propre logiciel ce qui m’aiderait Ă  penser la composition diffĂ©remment, Ă  ne plus avoir Ă  penser la partition en terme de niveaux et de pourcentages mais directement en termes de structure, de couleur, de mouvements, de rythmes, de contrastes et de gradations.

Depuis 2012, je dĂ©veloppe une nouvelle sĂ©rie intitulĂ©e Diaphanies (Ă©tymologiquemet « qui apparaĂ®t Ă  travers Â») qui fait interagir programmation lumineuse et alĂ©as de la lumière du jour pour dĂ©ployer dans la durĂ©e l’apparition/disparition de phĂ©nomènes. Les interactions entre les Diaphanies, les alĂ©as de la lumière du jour et l’espace sont essentiellement incontrĂ´lĂ©es et pourtant nĂ©cessaires, voire inĂ©luctables. Cette action combinĂ©e produit continĂ»ment le phĂ©nomène qu’est l’œuvre. Le motif de la Diaphanie n’est pas l’objet de l’œuvre. Il n’est, en fait, qu’un objet supplĂ©mentaire intervenant dans le jeu des interactions. Les Diaphanies focalisent ainsi davantage l’attention sur le phĂ©nomène procĂ©dant de la disparition, sur le mode d’une « phĂ©nomĂ©nologie nĂ©gative Â». Comme les Partitions pour chambre Ă  lumière, elles interrogent et tentent de structurer notre rapport esthĂ©tique Ă  ce que nous sommes dans la perspective d’une phĂ©nomĂ©nologie de l’inapparent.

De façon gĂ©nĂ©rale, ma recherche plastique s’inscrit dans le cadre gĂ©nĂ©ral d’un « art phĂ©nomĂ©nal Â» et s’oriente vers ce que je conçois comme un « minimalisme sensible Â».


Charlotte Beaufort - FĂ©vrier 2013.

 

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